CPH : des avocats font condamner l'Etat pour déni de justice
24/01/2012

CPH : des avocats font condamner l'Etat pour déni de justice

Les avocats du Syndicat des avocats de France (SAF) ont obtenu, devant le tribunal de grande instance de Paris, 16 condamnations de l'Etat qui n'a pas, selon les juges, respecté un délai raisonnable pour le traitement des dossiers prud'homaux.
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"Le tribunal de grande instance ne met en cause ni les conseillers prudhomaux, ni les salariés, ni les greffiers, ni les avocats mais l'Etat", s'est félicité Steve Doudet, l'un des avocats du SAF à l'origine de l'action. Il y a un an, plusieurs avocats du syndicat ont décidé de faire passer l'Etat à la caisse en assignant l'agent judiciaire du Trésor car, pour eux et leurs clients, attendre plus de 10 mois un jugement prud'homal - notamment pour des créances alimentaires - constituait un déni de justice. Leur objectif était clair : faire pression et obtenir de la Chancellerie des moyens humains, financiers et matériels supplémentaires. Les seize jugements obtenus le 18 janvier constituent une "première victoire", selon l'avocat. Des décisions que la Chancellerie n'a pas souhaité commenter.
 

Délais "inexplicables"

"Le déni de justice ne s'entend pas seulement du refus de répondre aux requêtes ou de la négligence à juger les affaires en état de l'être, mais plus largement de tout manquement de l'Etat à son devoir de protection juridique de l'individu et notamment du justiciable en droit de voir statuer sur ses prétentions dans un délai raisonnable", comme l'exige l'artice 6 de la CEDH, a estimé le tribunal. Un délai qui s'apprécie en fonction des circonstances de la procédure, la nature de l'affaire et son degré de complexité. Dans un des cas jugés, le CPH avait été saisi en juin 2004, pour un renvoi 19 mois plus tard devant la juridiction de départage, qui a statué 29 mois après, la cour d'appel ayant appelé les parties 11 mois plus tard et a rendu son arrêt après 7 mois. Soit plus de 5 ans. "Inexplicable" selon les juges.
 

Déni de justice "pleinement" caractérisé

Car, dans ces affaires, il ne s'agit ni de dossiers complexes ni de procédures rallongées par "le comportement" des parties. "Il ne peut être discuté qu'il relève du devoir de l'Etat de mettre à la disposition des juridictions les moyens nécessaires à assurer le service de la justice dans des délais raisonnables, et ce délai résulte manifestement du manque de moyens alloués à la juridiction prud'homale". Le déni de justice est "pleinement" caractérisé, souligne le jugement. Les avocats ont obtenu des dommages et intérêts, pour préjudice moral, allant de 1500 € à 8500 €. "Nous souhaitons que cette condamnation ait des vertus préventives, le message est fort et clair. Nous espérons que l'Etat prendra conscience de cela", a conclu Steve Doudet. Le 15 février, le tribunal de grande instance se penchera sur une vingtaine de nouveaux dossiers.


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