Éric Dupond-Moretti croise le fer
C'est le pénaliste le plus renommé de France. Pas étonnant de voir l'accusation batailler avec Éric Dupond-Moretti. Retour sur un procès, en janvier, où les échanges étaient à couteaux tirés.
Le combat fut âpre. Et cet affrontement verbal entre Me Dupond-Moretti et l'avocat général Luc Frémiot, est devenu le cœur des débats d'un procès d'assises. En janvier, à Douai, Béatrice Matis était jugée en appel. Cette femme, acquittée en première instance aux assises du Pas-de-Calais, était accusée d'avoir tué la femme de son ex-mari, en 2003, à Coulonnes, près de Calais. Lors de cette décision qui fera date, la cour détaillera pour la première son raisonnement (lire actuel-avocat du 26/11/2010), et l'accusée sera brillamment innocentée grâce à un pilonnage en règle de l'enquête policière, incomplète et bâclée.
Mais ce scénario ne s'est pas reproduit en appel. L'avocat général s'est escrimé à défendre mordicus le travail des enquêteurs. Éric Dupond-Moretti revient sur les pistes inexplorées et les investigations incomplètes ? Lors de ses réquisitions, Luc Frémiot y répondra en comparant l'avocat de Béatrice Matis à "un petit accusateur". Riposte alors du pénaliste, qui explique à l'accusation que "si lui, le défenseur, a perdu son triple A, Luc Frémiot est devenu avocat". Le monde à l'envers !
"Inégalité absolue"
"On parle de l'égalité des armes, mais, si Éric Dupond-Moretti avait utilisé les mêmes termes, il y a fort à parier qu'il y aurait eu outrage", constate, peinée, Me Fabienne Roy-Nansion, avocate d'une des parties civiles. Cette avocate estime que l'accusation a tenté de faire "sortir de ses gonds" le bouillant défenseur, considéré aujourd'hui comme le meilleur pénaliste de France. "Oui, il y a une inégalité absolue, le magistrat peut tout dire, confirme Éric Dupond-Moretti à actuel-avocat.fr. J'ai d'ailleurs été condamné deux fois pour cela. J'assume la violence du monde judiciaire. L'exemple de ma cliente, qui prend quinze ans de prison, est d'une violence inouïe".
Et Éric Dupond-Moretti de détailler sa vision des assises. "Pour moi, il y a deux types de rapports avec les magistrats. Soit c'est un respect mutuel, soit c'est un rapport de force. Cela fait trente ans que je plaide, je n'ai pas toujours été tendre. Si on donne des coups, il faut accepter d'en recevoir. Ce que dit Luc Frémiot, c'est un propos violent, mais c'est en audience : c'est un non-événement. Ce n'est pas dramatique : je suis ressorti libre de cette audience. Ce qui m'importait, c'était le sort de Béatrice Matis et j'étais d'ailleurs plus choqué par les sarcasmes qu'il a adressé à ma cliente".
Pourtant, ce n'est pas la première fois que les hommes s'affrontent au cours d'un procès. Ils avaient déjà croisé le fer en juin dernier, au cours du procès "Clélia", une jeune femme tuée près de Lille. Éric Dupond-Moretti défendait alors son ancien petit ami, accusé d'avoir commis ce crime. "D'emblée, on colorie la personnalité de ce garçon car il a été grossier en garde à vue, se souvient l'avocat. Je trouve que c'est un scandale".
Pourvoi dans l'affaire Matis
Reste que le procès Matis n'a peut-être pas encore trouvé son épilogue. Éric Dupond-Moretti compte se pourvoir en cassation pour déposer une QPC, désireux d'avoir une "belle" pour défendre sa cliente. Ce qui chagrine l'avocat (lire sa tribune parue sur lefigaro.fr), c'est la réforme de la cour d'assises, intervenue entre le premier procès et celui en appel. Le ratio de voix des jurés est censé augmenter en appel. Or, dans ce cas précis, il n'a pas bougé.