Face à une situation absurde, tragique, ou comique, le policier de terrain réagit selon les ordres qu'il reçoit et l'homme "ordinaire" qu'il est. Le brigadier chef Serge Reynaud (nom d'emprunt) en témoigne, à travers une centaine d'histoires, pour un décryptage réussi et drôle de la culture "flic"."Un livre pour faire connaissance avec le policier de base", résume son auteur.
"Mus par un instinct immuable", "tout de volonté obstinée vers le but", "le premier semblait donner le ton, le rythme et le sens de la progression, que les autres suivaient sans barguigner". Un troupeau de fourmis en marche : c'est le regard métaphorique et tendre que Serge Reynaud, policier de terrain depuis 20 ans pose sur sa profession souvent "incompréhensible à l'observateur", poursuit-il dans l'une de ses chroniques. D'où son engagement: afin de rendre accessible le policier de terrain, il a créé un blog en 2008, et incité ses collègues à y rapporter leur vécu. Serge Reynaud a écrit, collecté et réécrit, pour produire in fine un livre d'une centaine d'histoires - d'une ou plusieurs pages - indépendantes entre elles. Et le résultat est convaincant.
L'absurde au quotidien
Le policier manie en effet les mots avec habileté et humour. Si la langue parfois peu académique et la blague un peu trop lestée peuvent heurter au départ, la proposition au global séduit. Car l'auteur ni ne sublime, ni ne dévalorise : il montre le quotidien d'un corps de métier avec ses forces et ses faiblesses. Bref, un regard qui ne tente de tromper et donc qui séduit.
L'absurde y est omniprésent. Par exemple, cette vieille dame qui s'infiltre au coeur d'un paramètre sécurisé en raison d'un cambriolage à main armée: elle ne peut attendre parce qu'elle a une lettre à poster. Ou encore cette femme qui prétend ne pas porter sa ceinture de sécurité pour cause de poitrine inadaptée. On sourit, on rit. On reste interdit aussi, parce que l'histoire qui suit montre que la ceinture aurait pu sauver une vie.
Des bavures aussi
L'auteur ne prétend pas à une leçon de morale. D'autant que le policier est aussi montré en faute – il se trompe d'immeuble, d'homme à arrêter... Serge Reynaud parvient surtout à réduire la distance en présentant ces gardiens de la paix comme des femmes et des hommes ordinaires face à des situations telles ou extrêmes, du contrôle routier au drame familial.
Un langage "flic" singulier
Serge Reynaud permet également de se familiariser avec le langage particulier du policier, issu d'"une manie de la précision" et de l'"alphabet radio international", précise-t-il: l'HLM devient l'Hôtel Lima Mike, la PJ ou police judiciaire, Papa Juliette, les toilettes, la pause Whisky Charlie. On parle aussi de piéton "Delta Charlie Delta". Les policiers poussent la fantaisie du langage jusqu'à leur surnom, "charge creuse", "la censure", "Tic et Tac".
"La culture du chiffre" dénoncée
On assiste à des échanges pas toujours tendres entre eux, des bizutages durs, du racisme, des colères, de l'incompréhension face à "la culture du chiffre", au sous-effectif, la vétusté des moyens, certaines décisions de justice... et, au final, une équipe qui en général se ressaisit et se soutient face aux situations de détresse pour "mettre l'indicible en mots administratifs", "l'horreur banale en gris routine. "Encore une affaire où tout le monde a ses raisons, où tout le monde a raison, avec aujourd'hui encore les flics au milieu".
Il s'agit surtout d'un livre d'histoires cocasses, écrit par "un flic content d'exercer son métier, et qui pousse le vice jusqu'à sourire en allant au boulot", assure Serge Reynaud. Un entrain soutenu tout au long de ce premier livre, pouvant présager d'une récidive. En attendant, pour les passionnés, d'autres histoires de "flics" sur www.police-histoires.over-blog.com
"Chroniques de la main courantes, Histoires vécues" de Serge Reynaud, Bourin Editeur, mai 2009, 16,50 euros