Sur la base de faits réels, Arlette Lebigre imagine les mémoires du "geôlier de Ravaillac" durant ses 17 années passées à la Conciergerie. Un récit convaincant, qui témoigne d'une prison surpeuplée, agitée par la violence, la folie et l'ennui. Quatre siècles plus tard, ces maux font toujours écho.
Une quantité de nourriture fixe quel que soit le nombre de prisonniers, une exigence de barreaux aux fenêtres ajournée faute d'argent, des occupants entassés à 10 par chambre pour les riches, en Salle Commune pour les "pailleux", des menaces répétées de peste et d'inondation etc . : le quotidien d'un homme du XVIIe siècle, prisonnier à la Conciergerie, est terrifiant. Pourtant, à conditions différentes, le diagnostic de ce geôlier de l'Ancien Régime n'est pas sans rappeler les symptômes alarmants relevés par les gardiens de prison d'aujourd'hui. On observe déjà à l'époque un "métier méconnu, méprisé". "Le geôlier est censé être présent à tout, avoir cent yeux et cent bras". Un métier d'équilibriste qui, faute de moyens, ne parvient à contenir règlements de compte et détresse psychologique, à chaque siècle.
Evasion à répétition
Véritables cauchemars pour le geôlier, les évasions au XVIIe siècle étaient en plus monnaie courante. Malgré les apparences, la Conciergerie était ouverte à tous les vents : les visiteurs n'étaient en effet soumis à aucune fouille, favorisant ainsi l'entrée de complices. Leur fuite se trouvait ensuite facilitée par une foule alentours dense : derrière les simples cloisons des chambres de la prison se tenait la galerie Mercière, ses boutiques, la gouaille de ses vendeurs et la diversité de ses acheteurs. Premier responsable, le geôlier, équivalent du directeur, avait pour obligation de financer, à ses frais personnels, la recherche des fuyards.
Un récit éclairant
Les derniers jours de Ravaillac, la détention des femmes comme celle de Galigaï, familière de la Reine Marie qui sera condamnée à mort pour sorcellerie, le grand incendie de Paris de 1618 : à travers ces événements, Arlette Lebigre, agrégée de droit et spécialisée dans l'histoire des institutions judiciaires et administratives de l'Ancien Régime, révèle avec habileté le dur quotidien partagé du prisonnier et du geôlier de l'époque, qui en parallèle de l'actualité, permet notamment de jauger l'évolution toute relative du système carcéral.
"Moi, Barthélémy Dumont, geôlier de la Conciergerie" d'Arlette Lebigre, Editions Perrin midi, 2009, 13,90 euros