Bilan de compétences : "la clé pour reprendre sa carrière en main"
Brigitte Piarrat, directrice associée du cabinet ACF Consultants (DR).
02/01/2012

Bilan de compétences : "la clé pour reprendre sa carrière en main"

Les avocats ont de plus en plus recours au bilan de compétences pour quitter la profession ou l'exercer autrement. Brigitte Piarrat, directrice associée du cabinet ACF Consultants, les accompagne depuis une vingtaine d'années dans leur démarche.

Cela fait désormais vingt-deux ans que vous êtes spécialisée dans le bilan de compétences - ce qui fait d'ailleurs de vous une pionnière en la matière - pouvez-vous nous dire depuis combien de temps les avocats font des bilans de compétences ?

Cela fait des années que je m'occupe, entre autres, d'avocats mais leur nombre a considérablement augmenté depuis deux ans. Il faut dire que la profession a longtemps été considérée comme une fin en soi, certes gratifiante, mais qui enferme dans une image très idéalisée. C'est beaucoup de pression et il est donc difficile pour les avocats de se dire, quand cela arrive : "je ne sais plus où j'en suis professionnellement". Quand ils décident enfin de réaliser leur bilan de compétences, ils sont pour la plupart déjà épuisés physiquement et moralement, ils ne voient plus le sens de ce qu'ils font et ont notamment le sentiment de ne plus pouvoir échapper à cet engrenage de la rentabilité. L'avocat, une fois qu'il est avocat, se retrouve un peu seul. D'où l'importance d'un regard extérieur.

Quel est le profil des avocats qui viennent vous voir ?

Ce sont souvent des femmes, mais il y a aussi des hommes, ce sont en général des collaborateurs de 35 à 45 ans. La plupart me disent qu'ils exercent le métier qu'ils ont toujours rêvé de faire mais qu'il n'est pas tel qu'ils s'y attendaient. Notamment, ils déplorent de ne pas parvenir à développer leur clientèle, ils s'interrogent sur leur capacité à s'installer, à s'associer, voire à se rendre visible au sein du cabinet ou à le quitter… D'autres ont reçu des promesses qui ne se sont jamais réalisées. En résumé, ils ont perdu le sens de leur dessein et se demandent bien ce qu'ils vont faire de leur vie professionnelle. Bref, ils ont besoin de se repositionner et d'agir pour cesser de subir.

Au final, faire son bilan de compétences mène où ?

Certains ont quitté la profession, mais la plupart ont re-choisi d'être avocat. Ils ont réalisé des formations, repassé des examens, d'autres ont changé de cabinet ou de spécialité… La personne qui vient chercher une aide à l'orientation ne doit surtout pas être enfermée dans son cadre de référence, car sinon elle tourne en rond. Le fait de l'aider à formuler des perspectives - même si au final elle ne les retient pas -, c'est aussi lui donner la liberté de choisir sa vie puis de la construire, suivant une dimension réaliste. Quand on me dit par exemple : "j'aimerais former des jeunes avocats", cela signifie quoi ? Les accompagner en quoi ? Dans leur installation ? Par rapport à leur personnalité ? …C'est lors d'un bilan de compétences que la personne va répondre à ces questions.

Comment se déroule un bilan de compétences ?

Je rencontre la personne pendant un entretien gratuit d'une heure, au cours duquel elle va m'exposer ses problématiques et ses attentes. Je lui explique de mon côté ma méthodologie*. Et si nous nous accordons, la démarche dure ensuite deux à trois mois. Elle combine questionnement approfondi lors d'entretien (une fois par semaine) et temps de travail de mise à distance par écrit à faire personnellement pour la séance suivante. Je vais aider la personne à mettre à plat ses acquis, à les valoriser, les trier, les analyser, à choisir ceux qu'ils veulent mettre en œuvre à l'avenir, voir ce qu'ils valent sur le marché… pour aboutir à un ou plusieurs projets de vie professionnelle hiérarchisés. Un rendez-vous de suivi, six mois plus tard, viendra valider la mise en œuvre du projet. Il doit être clair que je ne suis pas là pour mener une psychothérapie, mais pour accompagner une personne, en tant que miroir extérieur neutre qui va l'aider à mettre en exergue des éléments destinés à la réorienter. Au final, c'est bien la personne qui construit, tandis que je lui viens en appui jusqu'au plan d'action validé, avec un rétro-planning des étapes et une position de repli si jamais le projet n'aboutissait tout de suite.

Les bilans de compétence pour les avocats sont partiellement pris en charge par le Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux (lire notre article), mais pouvez-vous nous dire globalement combien cela va leur coûter ?

Les bilans que je fais pour le Fongecif – qui est un organisme paritaire qui délivre des agréments - sont pris en charge à hauteur de 2250 euros pour les avocats salariés (les paiements peuvent être fractionnés). A titre indicatif, j'ai fait des bilans pour des avocats qui s'élevaient de 1500 à 1800 euros.




*Brigitte Piarrat, Le bilan de compétences, Comment réussir votre mobilité ?, ESF Editeur, Collection Formation permanente, septembre 2008, 22 euros, 140 pages.

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