Zones franches : entre eldorado et retour au pays
Plusieurs cabinets d'avocats ont fait le pari de s'installer dans les zones franches urbaines. D'autres en sont déjà revenus.
Les zones franches sont-elles devenues l'eldorado des avocats ? Créé en 1997 par Jean-Claude Gaudin, alors ministre de l'Aménagement du territoire, le dispositif des zones franches urbaines (ZFU) vise à redynamiser des quartiers paupérisé en attirant des entreprises grâce à des exonérations fiscales et sociales. Résultat, ces territoires intéressent de plus en plus de monde. Y compris les avocats. A Marseille, où était organisé début juin le forum national des ZFU, 93 avocats ou cabinets se sont installés dans les deux zones franches de la ville. S'il n'est pas massif, le phénomène n'est pas négligeable.
A cela plusieurs raisons. La première est évidente : l'argent. " L'effet de levier fiscal est non-négligeable ", opine Gwanaëlle Mazingue. Cette avocate spécialisée dans la fiscalité ne s'en cache pas : si elle s'est installée en septembre 2009 à la Cité de la cosmétique, dans le 15e arrondissement de Marseille, c'est pour profiter pleinement des exonérations fiscales. Et pouvoir ainsi monter son propre cabinet. Pour d'autres, l'avantage économique se situe dans le bâti. " Nous étions sur le point d'acheter de nouveaux locaux autour du palais de justice quand j'ai vu passer un mail sur la station Alexandre ", raconte Frantz Aze, avocat spécialisé en droit immobilier.
Tout le monde n'a pas une voiture
L'ancienne gare de triage, située dans le 14e arrondissement de la cité phocéenne, a été réhabilitée et abrite désormais un centre d'affaires. " C'est un très beau bâtiment, qui est aussi plus facile d'accès pour nos clients ", ajoute Frantz Aze. C'est un des grands avantages des ZFU : elles sont souvent créées à proximité des autoroutes. Last but not least, elles proposent souvent des places – gratuites - de stationnement. Reste que s'installer aussi loin du centre-ville comporte, au moins, un inconvénient : la distance.
Tout le monde n'a pas une voiture. Or, les quartiers périphériques ne sont pas toujours desservis correctement par les transports en commun. Conséquence, pour une partie de la clientèle, la plus âgée notamment, se déplacer aussi loin relève de l'aventure. Ensuite, pour les avocats plaidants, l'éloignement avec le palais de justice oblige à mettre en place une organisation de travail, pas toujours très pratique. " Nous sommes obligés de rationnaliser tous nos déplacements ", reconnait Frantz Aze. " Nous allons au palais de justice uniquement le matin et le soir ". Dernier inconvénient : une certaine tendance à l'entre-soi. " Nous avons zéro contact avec le quartier ", confie Nicolas Courtier, avocat spécialisé en propriété intellectuelle, installé en ZFU du 14 et 15e arrondissement. " Nous vivons de façon quasi-autarcique : on rentre avec un bip... Et on ressort avec un bip ".
Demi-tour
Résultat, certains avocats font le chemin inverse. Ce fut le cas du cabinet Nordjuris, à Marseille, qui après avoir fait le pari de la ZFU Nord Littoral, est reparti dans le centre-ville. " Il y a eu un effet ciseaux ", se souvient Grégoire Lugagne-Delpon. " Au bout de cinq ans, nous avons perdu une partie des avantages fiscaux. Ensuite, nous n'avons pas pu acheter, pour différentes raisons, alors que notre loyer était devenu aussi élevé qu'en centre-ville. Enfin, 80% de notre activité est judiciaire. Nous sommes donc obligés d'aller régulièrement au palais de justice. Ce qui est compliqué quand on est en zone franche ". Bienvenue donc les immeubles bourgeois du centre-ville. Comme un retour au pays.