Gérard Nicolaÿ, directeur de l'EFB (DR)
EFB : "la scolarité est beaucoup trop longue"
A la suite de l'enquête réalisée par les élèves de l'Ecole de formation du barreau de Paris, qui a - une fois de plus - démontré les faiblesses de la formation initiale parisienne, Gérard Nicolaÿ, directeur de l'Ecole donne son point de vue.
L'EFB accueille des élèves qui ont en réalité 25 ans et plus. Ils ont presque tous fait 5 années d'étude, voire plus et ont passé un examen d'entrée très sélectif. Bref, ils sont déjà avocats dans leurs têtes, or ils vont devoir passer plus de 2 ans à l'École, avec une obligation d'assiduité. Il est donc assez logique que tout ceci génère quelques frustrations et que 67 % des élèves aient une image "moyenne" ou "bonne" de l'École.
Les critiques sont pourtant récurrentes : formation trop longue, trop théorique voire inadaptée…
Nous avons mis en place des réformes importantes. Ainsi depuis 3 ans, à la demande des élèves qui nous reprochaient un enseignement trop théorique, nous avons mis en place un enseignement basé sur des études de cas. La difficulté tient au nombre d'élèves (1 400) qu'il faut répartir par groupes de 20. Il nous faut donc 600 enseignants qui sont pour la plupart des avocats, bien sûr non spécialistes de la pédagogie, même si nous essayons de les former. A titre de comparaison, l'ENM compte 35 professeurs à temps plein, formés et disponibles toute la journée. A l'Ecole du barreau, les avocats enseignants viennent en moyenne 10 heures par an…
A quand une réforme d'ampleur ? Pourquoi tant d'inertie ?
Nous avons proposé à la Chancellerie de supprimer l'examen de sortie qui ne sert à rien et qui coûte très cher, environ 400 000 € par an. Mais le ministère de la justice n'est pas prêt et nous a laissé entendre que pour modifier l'examen de sortie, il voudrait en même temps modifier l'examen d'entrée. Un autre débat a été réouvert, celui du
numerus clausus. Ce n'est évidemment pas une solution, même s'il est légitime de se poser la question de la capacité pour la profession d'absorber chaque année 1400 nouveaux avocats.
Qu'en est-il de la réforme de la scolarité en elle-même ?
Malheureusement la réforme Darrois n'a pas prospéré. Je pense que la scolarité à l'École (plus de 2 ans au total) est beaucoup trop longue. Nous sommes le seul pays au monde à avoir un tel système, et nous n'avons été imité que par… la Tunisie. Il nous faut clairement trouver un système qui permette à nos élèves de rentrer dans la vie professionnelle avant 26/27 ans.