Au-delà des prétoires et des couloirs du Palais, les "affaires" ont conquis la toile via des vulgarisateurs d'un nouveau genre : les avocats blogueurs. Parmi eux, Maître Mô, un avocat pénaliste qui, de billet d'humeur en point de droit, a su convaincre, sans jamais se dévoiler. Son blog - "une façon d'humaniser les dossiers" - est aujourd'hui l'un des plus consultés. Interview.
Comment avez-vous découvert le blog ?
Ce blog est né il y a trois ans. J'ai toujours aimé écrire, et les mots en général. J'avais cette envie de raconter les histoires que l'on peut vivre à travers les procédures.
Quand j'ai commencé, j'ignorais tout d'Internet, et j'ignorais même que les blogs existaient. Des copains un peu plus avertis m'ont dit que c'était simple. Et j'ai découvert des blogs qui existaient déjà depuis longtemps, comme celui d'Eolas.
Quelles sont les limites de la pratique ?
La principale difficulté est liée au secret professionnel et à l'anonymat des gens. A la base, une histoire me plaît parce qu'elle soulève une histoire humaine, ou un point juridique intéressant. Je réécris les histoires en modifiant complètement les détails, les âges, les dates ..., de façon à ce que les gens ne soient pas identifiables. Je tiens à ne blesser personne, que ce soient mes clients, les victimes ou les agresseurs.
Et quand c'est nécessaire, par exemple lorsqu'une histoire est en cours d'instruction, je modifie d'autres éléments comme la qualification des faits. Ce travail de réécriture assez conséquent est ma principale difficulté. D'autant plus qu'un dossier pénal est un peu comme un château de cartes. Si vous modifiez l'incrimination, vous modifiez aussi les peines encourues, les délais etc.
Combien de temps passez-vous sur votre blog ?
Le premier jet me prend quelques heures. Quand il faut modifier, cela peut me prendre encore plusieurs dizaines d'heures. Il faut aussi que les problèmes juridiques soulevés par l'histoire continuent à avoir une cohérence. Une des affaires qui a le plus suscité l'engouement concernait une jeune fille victime d'inceste. Cela a pris du temps. Il ne s'agit pas seulement de changer de nom et de date. Il faut aussi modifier les compositions familiales, les circonstances des agressions ...
Pourquoi avoir choisi l'anonymat?
Au début, je ne voulais pas que les gens pensent que je me servais du blog pour récupérer des clients, ou faire l'apologie de mon travail. Quand on raconte des histoires, cela peut vite ressembler à une forme d'auto-publicité.
Maintenant, c'est un peu devenu un jeu. J'ai notamment été plaider un dossier d'acquittement à Nouméa pendant un mois, et pendant ce temps là, mes commentateurs publiaient tout ce qu'il y avait de publiable sue mon blog (ma photo, des vidéos, des articles de presse...). Du coup, les habitués savent à peu près qui je suis.
Et vous a-t-on découvert à Lille, le barreau où vous exercez ?
Tous les magistrats, ainsi que pas mal d'avocats savent à peu près qui je suis. Cela fait rire les confrères et ils m'adressent plutôt leurs félicitations. Surtout qu'avec mon blog, je veux montrer que je suis assez fier de la profession d'avocat.
Chez les magistrats, on ne m'en parle pas. En revanche, lors des audiences, maintenant que l'on sait que l'histoire est susceptible de se retrouver sur mon blog, j'observe, me semble-t-il, un plus grand soin, apporté au déroulement de la procédure.
Le blog a-t-il changé votre manière de travailler?
Ce qui est intéressant, c'est qu'on dispose désormais du regard d'un grand nombre de jurés, potentiels, sur l'ensemble des histoires développées. Cela aide beaucoup à relativiser. Cela fait 18 ans que je fais du pénal. Et au bout d'un moment, avec l'habitude, on se retrouve à raconter une histoire de viol à un repas de première communion. Et l'on suscite alors des réactions effrayées qui vous ramènent à la réalité.
Sur mon blog, la réaction des lecteurs me permet de prendre un peu de recul.
Qui êtes-vous Maître Mô?
J'ai 43 ans, je suis avocat au barreau de Lille depuis 18 ans. Je fais du pénal depuis toujours.
Le blog de Maître Mô
et aussi
Journal d'un avocat, par Maître Eolas